Série C-700: Technics entre dans le 21e siècle!

Le magazine Son & Image a fait l’essai de la nouvelle série Technics.

Il y a quelques décennies, nous avions tous un oncle «cool» qui nous invitait à écouter de la musique sur sa chaîne Technics. Avec lui, on découvrait les Doors, Pink Floyd et autres délices d’une autre époque. Au cours des années 70, Technics avait la réputation d’offrir des appareils performants et innovateurs. Hélas, vers la fin des années 80, elle a dilué le panache de sa marque en prenant la direction des produits de type grand public. Malgré la réalisation de quelques appareils intéressants durant la décennie suivante, la marque japonaise est finalement disparue du marché dans la plus grande indifférence. En 2014, plus de dix ans après sa disparition, Panasonic, la compagnie mère de Technics, annonçait le grand retour de sa marque mythique.

Pour cette renaissance, Technics nous présente deux toutes nouvelles séries. La première est la série Référence R-1, qui se veut une alternative aux MacIntosh, Krell, Accuphase et autres monstres sacrés de l’audio haut de gamme. La seconde série est la C700 qui s’adresse à un public plus large. Avec cette gamme de nouveaux produits, Technics espère redevenir la marque incontournable qu’elle était trente ans auparavant. En plus d’offrir des appareils, Technics propose également du contenu que l’on peut télécharger dans leur nouvelle boutique en ligne Technics Tracks. Cette dernière a comme principale caractéristique de n’offrir que des titres haute-résolution ou de qualité CD (voir encadré). Pour ce premier contact avec le «Technics nouveau», nous avons eu l’opportunité d’apprécier la série C700.

UN PEU D’HISTOIRE

La marque Technics est née au Japon en 1965. Compagnie fondée sous l’égide du groupe Matsushita, elle avait pour mission de rivaliser avec les plus grandes marques de l’époque. Ses premières lettres de noblesse furent reçues au début des années 70 lorsque Technics a révolutionné le monde de l’audio en présentant la toute première platine vinyle à entraînement direct, la SP-10, et par la suite la légendaire SL-1200 MK II en 1979. Quelques années plus tard, c’est avec l’amplificateur SE-A1 que Technics s’est démarquée de la compétition. Ce dernier comportait pas moins de quatre blocs d’alimentation par canal, ce qui lui permettait d’afficher une puissance de 350 watts par canal. Par la suite, c’est en 1982 que Technics a su attirer l’admiration du monde musical avec son premier lecteur CD, le SL-P10. Pour ce premier lecteur CD, les ingénieurs de Technics avaient conçu eux-mêmes les principales composantes au lieu de se les procurer chez Sony ou Philips comme faisait la majorité des fabricants de lecteurs CD de l’époque.

En 2014, lorsque Panasonic a décidé de faire renaître la marque Technics, elle a chargé madame Michiko Ogawa, ingénieure et pianiste de renom, du développement des nouveaux produits Technics. Musicienne et ingénieure, c’est probablement la combinaison parfaite pour réussir un projet de cette ampleur !

07954355-photo-technics-serie-c700PRÉSENTATION

La série C700 est un ensemble complet qui comprend un amplificateur intégré, un lecteur CD, un lecteur réseau et une paire d’enceintes. Naturellement, on peut se procurer ces articles séparément. Je crois que c’est une excellente idée d’avoir conçu un ensemble complet de composantes. Cette approche promet une excellente intégration tant technique qu’esthétique. Certes, l’esthétisme des composantes audio peut être considéré comme secondaire, mais lorsqu’on peut concevoir un appareil qui est aussi agréable à regarder qu’à écouter, le plaisir ne peut être que supérieur.

Justement, attardons-nous un peu à cette présentation. Au premier regard, elle paraît chic et de bon goût. Les boîtiers d’aluminium sont solides. Ils sont à la fois sobres, modernes et élégants. L’amplificateur intégré fait une belle impression avec ses deux indicateurs de puissance qui baignent dans une lumière bleutée et son imposant potentiomètre de volume. Certains pourraient affirmer que cette allure paraît un peu rétro; personnellement, je trouve qu’elle est plutôt moderne avec un juste soupçon d’hommage au passé. On doit également souligner le format compact des composantes qui n’occupent qu’environ le deux tiers des appareils conventionnels. Par exemple, la dimension du lecteur CD ainsi que du lecteur réseau ne fait que 340 mm de large par 78 mm de haut par 295 mm de profondeur.

LECTEUR CD SL-C700

En plus de ses dimensions réduites, le lecteur CD SL-C700 possède un châssis double avec une couche intérieure en acier afin de prévenir les vibrations. Il possède naturellement les obligatoires sorties analogiques RCA et numériques (optique et coaxiale). Son poids, malgré une petite taille, impose le respect avec ses 5,2 kg. À l’intérieur, Technics promet l’utilisation des composantes de la plus haute qualité telle qu’un DAC Burr-Brown PCM1795 32/176.4 kHz pour chacun des canaux.

LECTEUR RÉSEAU ST-C700

Le lecteur réseau de Technics possède les mêmes attributs physiques que le lecteur CD. À l’avant, en plus du petit écran et du commutateur de mise sous tension, on retrouve une entrée USB de type A (pour une clé USB). La section arrière nous présente une entrée USB de type B (pour un ordinateur et bien sûr, de type asynchrone), un port réseau (RJ-45) et des sorties analogiques et numériques. Je vous entends déjà me dire: «comment, pas d’entrées numériques autres que USB?» Non, le ST-C700 est conçu pour lire du contenu provenant uniquement d’un réseau, d’un ordinateur ou d’un dispositif USB. Il faut également mentionner qu’il possède un port Bluetooth et une connexion WiFi.

SU-C700-EGSAMPLIFICATEUR INTÉGRÉ SU-C700

Technics nous présente ici un amplificateur intégré qui est tout à fait moderne. Sa conception est entièrement numérique et optimisée afin d’exploiter au maximum les sources numériques. En plus de la section de préamplification qui est indépendante et de l’amplification de 45 watts par canal sous une impédance de 8 ohms de classe D, le ST-C700 comprend également un DAC interne. Par contre, la caractéristique qui attire notre attention est le moteur JENO (Jitter Elimination and Noise-shaping Optimization) qui permet l’élimination du tristement célèbre effet de gique pour «jitter» qui accable la majorité des appareils audio numériques.

Comme mentionné précédemment, le SU-C700 possède un DAC interne. Si le lecteur réseau ST-C700 ne comprend pas d’entrées numériques autres que USB, le SU-C700 en regroupe plusieurs. La partie arrière dévoile trois entrées numériques coaxiales, une optique et une USB de type B (pour ordinateur). Le DAC in- terne permet de reproduire des signaux jusqu’à 32 bits et 193 kHz en mode PCM. Il peut également décoder le format DSD en mode 2,8 et 5,6 MHz. Les utilisateurs de sources analogiques ne sont pas oubliés puisque que l’on y retrouve deux entrées RCA, dont une dédiée à un étage phono. Ses dimensions sont de 340 x 132 x 325 mm et son poids est de 8,3 kg.

13662_1223_d80d1202_5cd34046-mENCEINTES SB-C700

Les SB-C700 possèdent une configuration peu utilisée, c’est-à-dire que le transducteur d’aigus se retrouve au centre de celui dédié aux basses et moyennes fréquences. Cette configuration permet selon Technics d’offrir une sonorité plus cohérente. La plage de fréquences est plutôt impressionnante pour des enceintes de cette taille (220 x 336 x 286 mm), car elle permet d’exploiter un registre allantde40Hz-100kHz(-16dB)oude45Hz-80kHz (-10 dB). La présentation est simple et élégante. La laque blanche qui recouvre le cabinet monocoque semble de grande qualité. On peut s’attendre à ce qu’elles conservent leur éclat fort long- temps.

INSTALLATION

L’amplificateur intégré possède une caractéristique que l’on ne retrouve généralement que dans les appareils de cinéma-maison, c’est-à-dire un programme de calibration audio LAPC (Load Adaptive Phase Calibration). Cette fonction permet d’optimiser les enceintes utilisées. L’utilisation est d’une grande simplicité, il suffit d’appuyer sur le bouton de la télécommande et d’attendre quelques instants! C’est trop simple pour s’en passer! Par contre, Technics nous avise que le résultat peut être moins intéressant avec certaines marques d’enceintes acoustiques.?Pour cet essai, réalisé en collaboration avec la boutique Fillion Électronique de Laval, les composantes sources étaient reliées à l’amplificateur intégré avec des câbles numériques coaxiaux, gracieuseté de la firme Audioquest.

ÉCOUTE DE MUSIQUE

La Symphonia Domestica de Richard Strauss n’a peut-être pas l’intensité d’Also Sprach Zarathustra, la grâce de Hein Heldenleben ou la poésie de Don Juan, mais il demeure que cette œuvre de Richard Strauss n’est pas sans émotion. Lors de cet essai, j’avais l’un des plus célèbres enregistrements de cette œuvre, celui de Fritz Reiner du Chicago Symphony Orchestra sous étiquette RCA. Cet enregistrement est encore aujourd’hui un pur délice qui ne fait pas ses 59 ans! Pour cet essai, j’ai utilisé le CD ainsi que ses pièces préalablement encodées en format AIFF. Ceci me permettait d’apprécier la diffusion de musique en utilisant la fonction Bluetooth (avec un iPhone) du lecteur ST-C700, ainsi que l’écoute à partir d’un dispositif USB. En mode CD, lors de l’écoute du premier mouvement de la Symphonie Domestique, les bois semblent danser sur les cordes. Les cuivres sont présents, mais pas trop criards. Les basses, elles, sont reproduites avec aplomb.

Dans un autre registre musical, les enceintes SB-C700 réussissent à reproduire avec brio la grosse caisse de la batterie sans effort et à conserver la cohérence de la réverbération de la guitare de la pièce « Know That You Know » du Love songs for robots de Patrick Watson.

Suite à l’écoute de quelques titres pop ou classique, et ce, peu importe le média utilisé (CD, Bluetooth ou dispositif USB), la saveur des pièces demeure similaire même si l’on change de média. Certes, il y a quelques nuances que le lecteur CD (ou l’utilisation de l’USB avec le ST-C700) réussit mieux à reproduire que l’option Bluetooth, mais tout compte fait, cet ensemble réussit à conserver sa saveur, c’est-à-dire neutre et détaillée.

LE MOT DE LA FIN

Si l’ensemble est plutôt homogène et performant, selon moi, c’est le lecteur réseau ST-C700 qui est la pièce mai-

tresse. On apprécie sa facilité d’utilisation et sa polyvalence. Il peut lire à peu près tous les formats audio communs, et même le DSD. Contrairement à certains produits similaires qui exigent d’avoir le manuel d’instructions à la portée de la main en tout temps, il n’est pas nécessaire d’être un informaticien pour être en mesure de le faire fonctionner. L’amplificateur intégré, malgré la puissance qui pourrait paraître modeste (45 W x 2), ne semble jamais s’essouffler. J’ai bien apprécié les enceintes qui, malgré leur format compact, réussissaient à exploiter une large plage de fréquences.

EN BREF

S’il est vrai que le nom Technics peut évoquer pour les plus vieux une époque révolue, celle où l’on écoutait Harmonium ou Gentle Giant dans un sous-sol de banlieue, Technics a réussi à réaliser des produits dignes du 21e siècle. 50 ans après sa fondation, cette marque renaît grâce à Panasonic qui a su concocter une série de produits tout à fait moderne et complète pour le mélomane d’aujourd’hui. Décidément, ce n’est pas le Technics de votre oncle !

 

TECHNICS TRACKS : DE LA MUSIQUE EN LIGNE DE QUALITÉ CD ET DE HAUTE RÉSOLUTION
En mettant sur pied une boutique en ligne dédiée au contenu haute résolution, Technics répond aux doléances des mélomanes en n’offrant que de la musique de qualité CD ou mieux, des fichiers 24/192. Ne cherchez pas les MP3, il n’y en a pas! Tracks offre des fichiers FLAC qui sont pratiquement universels(1).

Technics a su créer un site qui est sobre et fonctionnel. On peut facilement consulter les suggestions de Tracks, les nouveautés ou les meilleurs vendeurs selon le style musical. Naturellement, il est également possible de faire ses propres recherches par titre ou par artiste. Le choix est tout de même étonnant pour une nouvelle boutique en ligne, car on peut dénicher autant des titres populaires comme le dernier opus de Cœur de Pirate ou le récent album du groupe «indie» américain Deerhunter que l’on peut obtenir en format 24 bits 96 KHZ.

Avec la boutique Tracks, Technics a développé une stratégie similaire à celle d’Apple, c’est-à-dire de proposer à sa clientèle du matériel et du contenu. Si cette approche a porté ses fruits (sans vouloir faire de calembour) pour Apple, elle ne peut qu’être bénéfique pour Technics. Certes, chez Tracks, les titres 24 bits ne sont pas aussi nombreux que les traditionnels 16/44, mais au moins, il est rafraichissant d’avoir une alternative aux autres boutiques en ligne qui n’offrent pas de musique de qualité CD et supérieure.

1 Les utilisateurs du logiciel iTunes devront convertir les fichiers FLAC en ALAC.

 Banc d’essai tiré du magazine Son & Image